MODULE 1 - VOTRE (NOUVELLE) BOITE À OUTILS
MODULE 2 - LES ESSENTIELS EN EXTÉRIEUR (EN LAISSE)
MODULE 3 - LES ESSENTIELS EN EXTÉRIEUR (EN LIBERTÉ/EN LONGE)

“Vos ambitions sont-elles à la hauteur de vos moyens ?”

Les moyens : construisez votre rappel avec le binôme que vous avez devant vous

Quand vous faites le point sur les moyens du binôme, ne cherchez pas uniquement à savoir si le client a du temps pour s’entraîner, s’il possède une longe de quinze mètres ou s’il a acheté les bonnes friandises. Regardez surtout comment ce binôme fonctionne déjà dans la vraie vie.
Votre objectif n’est pas de faire entrer tous vos clients dans le même protocole de rappel. Au contraire, servez-vous de leurs habitudes, de leur personnalité, de celle du chien et de leur environnement quotidien.

Un bon plan d’entraînement doit pouvoir survivre après votre départ. Si votre client doit devenir une autre personne pour réussir votre protocole, il y a de fortes chances qu’il l’abandonne rapidement.

Servez-vous de la personnalité de votre client

Observez comment votre client communique naturellement avec son chien.

Vous avez un client qui parle énormément ? Il commente la balade, appelle son chien, l’encourage, lui raconte probablement sa journée et éventuellement les problèmes de couple de la voisine ?

Ne passez pas nécessairement trois séances à essayer de le transformer en moine silencieux.

Servez-vous-en.

  • S’il a tendance à faire :

« Kiki ! »

… trois secondes …

« Kiki ! »

… puis …

« KIKIIIIII ! »

vous pouvez par exemple transformer son bavardage en véritable stratégie et lui apprendre un rappel beaucoup plus continu :

« Kiki-kiki-kiki-kiki-kiki ! »

Vous exploitez ainsi quelque chose que votre client fait déjà naturellement, mais vous lui donnez une fonction. L’enchaînement vocal peut accompagner le chien pendant son retour, entretenir son engagement et éviter ce grand vide entre deux appels dans lequel l’environnement récupère facilement son attention.

  • À l’inverse, certains clients parlent à peine. Et lorsqu’ils appellent leur chien à quarante mètres, ils produisent un timide :

« Poppy… viens… »

que Poppy n’entend probablement pas. Ne passez pas forcément votre temps à demander au client de « parler plus fort ! » (sauf si vous avez fais des simulations avant et que vous-mêmes vous n’avez pas de difficulté à l’entendre parler pendant vos échanges). Donnez-lui un outil adapté. Un sifflet peut être beaucoup plus pertinent = signal clair, facilement perceptible à distance et surtout indépendant de la puissance vocale ou de l’émotion du propriétaire.

Vous avez l’idée ? -> arrêtez de lutter contre la personnalité du client lorsque vous pouvez vous en servir.
Certains courent volontiers avec leur chien : utilisez le mouvement.
Certains adorent jouer : construisez avec le jeu.
Certains sont très calmes et peu démonstratifs : inutile de leur demander de se transformer en animateur du Club Med à chaque rappel.

Votre technique doit pouvoir ressembler un minimum à la personne qui devra l’utiliser.

Regardez où le client se promène réellement

Demandez systématiquement où ont lieu les promenades. Pas où votre client pourrait aller faire ses entraînements dans un monde idéal. Où va-t-il réellement ?

S’il fait cinq fois par semaine la même boucle, c’est une information extrêmement intéressante. Vous pouvez cartographier sa promenade, exactement comme vous pourriez le faire pour travailler la marche en laisse.

  • À quel endroit le chien accélère-t-il systématiquement ?
  • Où commence-t-il à tirer ?
  • Où part-il renifler ?
  • Où croise-t-on régulièrement des chiens ?
  • Où y a-t-il du gibier ?
  • À quel endroit le propriétaire détache/rattache-t-il toujours ?
  • Où le chien revient-il spontanément ?
  • Où existe-t-il une intersection permettant de changer de direction ?
  • Où peut-on donner davantage de liberté ?

La promenade habituelle devient alors votre terrain d’entraînement et cela vous permet de décider à l’avance de certains rappels plutôt que d’attendre que le propriétaire improvise.

Par exemple, à telle intersection, on rappelle et on change de chemin. À tel endroit, on rappelle puis on part explorer une zone différente. À tel passage, on rattache systématiquement. Dans cette grande zone, on peut travailler un retour suivi d’une remise en liberté.

Vous construisez ainsi le rappel dans la vraie vie du client, au lieu de lui donner quinze répétitions artificielles qu’il devra penser à faire le mercredi soir. 

On peut aussi se servir de d’autres stratégies dont nous parlerons en live.

Prenez en compte la persona du chien

Tous les chiens n’ont pas les mêmes raisons de trouver un rappel intéressant. Au lieu de chercher uniquement quelle récompense donner, demandez-vous : Qu’est-ce que ce chien aime faire pendant sa promenade ? . Cela peut vous aider à construire différentes façons de rappeler.

L’explorateur

L’explorateur veut découvrir.
Il renifle, cherche, bifurque, inspecte les chemins et semble avoir une liste personnelle de choses extrêmement urgentes à vérifier.

Avec lui, utilisez l’environnement comme conséquence du rappel. Vous pouvez rappeler pour aller découvrir autre chose : « Tu reviens ? Super, viens, on va voir par là ! » Puis partir ensemble vers un nouvel endroit, une odeur, un chemin ou une zone d’exploration.

Vous ne lui demandez plus nécessairement de choisir entre vous OU l’environnement. Vous lui apprenez que revenir vers vous peut être le moyen d’accéder à l’environnement. Là vous commencez à parler sa langue.

Le réfléchi

Certains chiens semblent davantage apprécier la cohérence et la prévisibilité. Avec eux, faites en sorte que vos rappels aient du sens.

Vous arrivez à une intersection ? Rappel, puis changement de direction. Vous allez entrer dans un nouveau chemin ? Rappel, puis vous partez ensemble. Vous devez franchir un passage ? Rappel, puis traversée.

Le chien apprend progressivement que le rappel est une information utile : « Quelque chose va changer, rejoins-moi. »

Vous évitez ainsi de multiplier les rappels totalement gratuits suivis de : « Merci, maintenant retourne exactement faire ce que tu faisais. »

L’expressif

L’expressif aime souvent l’action, l’interaction, le mouvement, l’intensité. Profitez-en.

Rappelez-le pour créer du lien, jouer, partir en courant ensemble, faire une courte poursuite, lancer quelque chose ou repartir encore plus vite dans une autre direction.

Chez ces chiens, le retour vers l’humain peut devenir le début de quelque chose, plutôt que l’interruption de quelque chose.

Votre chien revient au galop  Excellent. Vous pouvez parfois lui apprendre que revenir au galop déclenche encore du galop (ce qui est plutôt une bonne nouvelle lorsqu’on cherche précisément à obtenir un retour rapide).

L’observateur

Et puis vous avez celui qui regarde. Longtemps. Tout.

Un humain à 200 mètres. Une feuille qui bouge. Un chien. Un oiseau. Probablement la situation géopolitique internationale.

Avec lui : rappelez peu. Tous les chiens n’ont pas besoin de vingt rappels pendant une promenade.

Vous pouvez privilégier quelques rappels bien choisis, dans des moments où le chien est réellement disponible, et travailler parallèlement sa capacité à observer puis à se désengager. Ne transformez pas chaque observation en bataille entre votre signal et l’environnement.

La persona n’est évidemment pas une nouvelle étiquette diagnostique à coller sur le front du chien. Un même individu peut être explorateur dans un contexte, observateur dans un autre et beaucoup plus expressif dans certaines interactions.

C’est simplement une grille pratique pour vous poser une question essentielle = comment puis-je faire en sorte que le rappel corresponde davantage à ce que CE chien trouve intéressant ? 

Regardez le bagage du binôme avant de construire le rappel

Enfin, ne regardez jamais le rappel isolément. Observez tout ce qui existe déjà autour.

  • Comment se passent les déplacements ensemble ?

Un chien qui n’a aucune compétence de marche en laisse, de suivi, de proximité ou de réorientation vers son humain aura souvent beaucoup plus de difficultés à construire un rappel solide.

Ce n’est pas parce que la marche en laisse serait un prérequis académique obligatoire au rappel, c’est parce que les deux apprentissages peuvent partager beaucoup de compétences.

    • Est-ce que le chien sait suivre un déplacement humain ?
    • Est-ce qu’il remarque les changements de direction ?
    • Est-ce qu’il revient spontanément vers son propriétaire ?
    • Est-ce qu’il est capable de quitter temporairement quelque chose d’intéressant pour repartir avec lui ?
    • Est-ce que l’humain communique ses changements de direction ou passe son temps à être remorqué derrière son chien ?

Si le binôme se déplace déjà comme deux colocataires qui auraient accidentellement réservé la même promenade, vous avez probablement des choses à construire avant de vous focaliser uniquement sur le signal de rappel.

  • Que fait le chien une fois qu’il est revenu ?

C’est une question extrêmement importante.  Le chien revient, mange et repart immédiatement ? Il revient puis reste avec son propriétaire ? Il attend quelque chose ? Il esquive la main ? Il repart avant même que l’humain ait terminé de se redresser ? Et surtout : qu’est-ce que votre client lui a appris à faire après être revenu ?

Si pendant six mois le scénario a été : rappel → friandise → le chien repart immédiatement, vous avez peut-être très bien renforcé le retou mais absolument pas la fin de votre chaîne.

  • Comment le client récompense-t-il réellement ?

Ne demandez pas seulement : « Vous récompensez votre chien quand il revient ? »

Leur réponse sera probablement oui.

Observez-le. Est-ce systématique ? Une fois sur trois ? Seulement lorsque le chien revient vite ? Seulement lorsque le propriétaire a pensé à prendre des friandises ? La récompense est-elle donnée machinalement ou crée-t-elle réellement quelque chose d’intéressant pour le chien ? Et surtout : qu’est-ce qui se passe après ?

  • Quand le client rappelle-t-il ?

C’est une question que je trouve particulièrement importante. Certains propriétaires rappellent essentiellement leur chien quand ça va mal. Quand un chien apparaît. Quand il faut partir. Quand le chien va trop loin. Quand il faut rattacher. Quand il s’intéresse à quelque chose d’interdit.

D’autres propriétaires font l’inverse et rappellent constamment, sans véritable raison.

Vous allez donc regarder la qualité des occasions choisies.

Votre client rappelle-t-il lorsque son chien est encore disponible ou attend-il systématiquement qu’il soit totalement absorbé ? Anticipe-t-il ? Utilise-t-il son rappel dans des situations faciles  ? Rappelle-t-il parfois simplement pour créer quelque chose d’agréable puis redonner de la liberté ?

Le moment auquel votre client choisit de rappeler fait partie intégrante de votre plan d’entraînement.

  • Va-t-il jusqu’au bout ?

Observez ce que fait votre client lorsque le chien ne répond pas immédiatement.

Il appelle : « Kiki ! »
Kiki ne répond pas. Et ensuite ?

Il abandonne ? Il répète dix fois ? Il hausse progressivement le volume jusqu’à réveiller trois communes ? Il continue sa promenade comme si rien ne s’était passé ? Il va chercher son chien ? utilise une autre stratégie ?

C’est essentiel, parce que chaque rappel auquel il ne se passe finalement rien participe aussi à l’apprentissage. Vous devez donc donner au client une conduite claire lorsque son rappel habituel échoue. Il ne devrait pas avoir à improviser au moment où il est déjà stressé.

Quels leviers positifs avez-vous réellement ?

Avant de construire un rappel ambitieux, faites l’inventaire de vos leviers.

Le chien mange-t-il dehors ? Quelle nourriture a réellement de la valeur ? Joue-t-il ? Avec quoi ? Aime-t-il poursuivre  Chercher ? Explorer ? Renifler ? Interagir physiquement ?

Vous cherchez à construire une boîte à outils, pas LA friandise magique.

Et si votre constat est : il se fiche de tout, alors les semaines suivantes devraient vous donner des pistes à explorer.