MODULE 1 - VOTRE (NOUVELLE) BOITE À OUTILS
MODULE 2 - LES ESSENTIELS EN EXTÉRIEUR (EN LAISSE)

Interrompre : quand et comment ?

La réalité du terrain nous confronte régulièrement à une autre nécessité : interrompre un comportement indésirable en cours.

Le chiot qui s’apprête à avaler un objet dangereux, le chien qui fonce vers un congénère, celui qui poursuit le chat de la maison ou qui s’acharne à détruire un meuble n’offrent pas toujours le temps nécessaire pour mettre en place une stratégie d’apprentissage élaborée (et d’ailleurs est-ce que chaque situation le mériterait ?). Savoir interrompre un chien de manière réfléchie fait donc partie des compétences professionnelles indispensables.

L’objectif d’une interruption est de mettre fin à un comportement précis dans une situation donnée afin de préserver la sécurité, protéger une ressource et/ou empêcher la répétition d’un comportement que nous ne souhaitons pas voir se renforcer. L’interruption ne constitue pas, à elle seule, un apprentissage complet. Elle est un outil parmi d’autres.

Intervenir sur le chien

Dans certaines situations, l’intervention consiste à agir directement sur le chien.

Cela peut prendre différentes formes :

  • saisir le collier 

  • tenir le harnais 

  • récupérer une longe ou une laisse laissée au chien (on peut lui mettre une laisse même en intérieur)

  • utiliser son positionnement corporel pour limiter l’accès à une zone ou interrompre un déplacement

Et les autres signaux dans tout ça ? À mon sens, les apprentissages tels que le rappel ou le « tu laisses » ne sont pas bouton d’arrêt d’urgence. Ces compétences ont souvent une grande valeur éducative et méritent d’être préservées. Si elles sont systématiquement mobilisées dans des contextes répétés, difficiles, fortement chargés émotionnellement ou lorsque leur réussite est incertaine, elles risquent progressivement de perdre en fiabilité. Le chien apprend alors que ces signaux apparaissent surtout lorsqu’il doit renoncer à quelque chose d’intéressant ou quitter une situation particulièrement motivante. C’est pourquoi, lorsqu’une interruption est nécessaire et que l’on doute de la capacité du chien à répondre au signal, il est souvent plus judicieux d’intervenir directement sur le chien ou sur l’environnement. 

Intervenir sur l’environnement ou la ressource

L’interruption ne passe pas toujours par une action dirigée vers le chien lui-même. Bien souvent, il est plus pertinent d’agir sur ce qui maintient le comportement.

Cela peut consister à :

  • fermer une porte 

  • retirer l’accès à une pièce 

  • couvrir temporairement une ressource avec la main ou le pied 

C’est l’accès à ce qu’il convoite qui devient contingent à ses choix comportementaux. En couvrant une ressource, ou en fermant l’accès à celle-ci, nous créons des opportunités d’apprentissage dans lesquelles le chien découvre que certains comportements ouvrent des portes, tandis que d’autres les ferment. Plutôt que d’être constamment dans une logique de contrôle du chien, nous aménageons l’environnement pour lui permettre d’expérimenter les conséquences de ses comportements. Cette approche présente plusieurs avantages :

  • elle est souvent moins intrusive
  • préserve davantage la relation humain-chien
  • favorise le développement de compétences telles que la flexibilité comportementale, la tolérance à la frustration et la prise de décision

En d’autres termes, nous n’enseignons pas uniquement au chien à cesser un comportement, nous lui apprenons progressivement à choisir celui qui lui permettra d’accéder à ce qu’il souhaite.

Comment choisir ?

Aucune stratégie d’interruption n’est universellement préférable.

Le choix dépend notamment :

  • du niveau d’urgence 

  • du risque encouru 

  • des compétences déjà acquises par le chien 

  • de sa sensibilité aux manipulations 

  • de la relation entretenue avec ses humains 

  • des possibilités offertes par l’environnement

Dans certains cas, tendre la laisse sera la solution la plus simple, dans d’autres, fermer une porte ou bloquer l’accès à une ressource suffira. Il existe également des situations où une intervention physique directe sera la seule option réaliste.

Interrompre n’est pas enseigner

Enfin, il est important de rappeler qu’interrompre un comportement ne signifie pas nécessairement avoir résolu le problème. L’interruption répond à l’instant présent. L’apprentissage, lui, se construit dans la répétition, l’anticipation et l’enseignement de nouvelles compétences.

Un professionnel compétent doit donc être capable de naviguer entre ces deux dimensions : savoir gérer ce qui se passe ici et maintenant, tout en gardant à l’esprit ce qu’il souhaite construire à plus long terme.

Interrompre est nécessaire. Mais ce qui transforme réellement le comportement du chien, ce n’est pas l’interruption elle-même. C’est ce que nous faisons en parallèle pour donner au chien d’autres possibilités d’agir.