Parmi les slogans les plus répandus en éducation canine, celui-ci occupe une place particulière : renforcez les bons comportements et ignorez les mauvais. Cette formule a l’avantage d’être simple. Peut-être même trop simple. Le problème n’est pas tant qu’elle soit fausse. Le problème est qu’elle est souvent présentée comme une règle générale, applicable à la majorité des situations rencontrées sur le terrain. Or, lorsqu’on travaille avec des chiens réels, dans des environnements réels, accompagnés par des humains imparfaits, les limites de cette approche apparaissent rapidement.
L’idée d’ignorer un comportement problématique repose généralement sur le principe d’extinction : lorsqu’un comportement cesse d’être renforcé, sa fréquence devrait diminuer. Dans un contexte expérimental strictement contrôlé, ce phénomène existe bel et bien. Mais la vie quotidienne ne ressemble que très rarement à un laboratoire.
La première difficulté réside dans le fait que nous ne contrôlons pas l’ensemble des renforçateurs disponibles pour le chien. Un comportement peut être maintenu sans qu’aucun humain n’intervienne. Courir après un mouvement, creuser, renifler, éloigner un congénère ou exprimer une tension émotionnelle peuvent constituer des comportements suffisamment renforçants en eux-mêmes pour persister malgré notre absence de réaction. Ainis, le fait qu’un propriétaire « ignore » un comportement ne signifie pas que ce comportement n’est plus renforcé.
Une autre limite importante concerne la fonction du comportement. Une partie des comportements qualifiés d’indésirables répond à des besoins émotionnels ou adaptatifs. Dans ces situations, ignorer le comportement revient à ignorer l’information qu’il véhicule.
L’objectif n’est donc pas de rejeter en bloc l’idée d’ignorer certains comportements. Dans des contextes spécifiques, notamment lorsque le comportement est principalement maintenu par l’attention sociale, cette stratégie peut avoir sa place. En revanche, il paraît essentiel de sortir d’une vision binaire de l’éducation canine où l’on « récompense le bon » et où l’on « ignore le mauvais ».
En pratique notre rôle consiste autant à montrer au chien ce qui fonctionne qu’à lui indiquer ce qui ne fonctionne pas. Éduquer, c’est renforcer des alternatives pertinentes, mais c’est aussi fermer certaines portes = empêcher qu’un comportement indésirable soit régulièrement payant, poser des limites cohérentes et organiser l’environnement de manière à orienter les choix du chien.
Un apprentissage efficace repose rarement sur l’ouverture de toutes les possibilités, il s’appuie sur un équilibre entre les opportunités que nous créons et celles que nous choisissons de restreindre.
L’une des compétences les plus sous-estimées de notre métier est peut-être celle-ci : apprendre à ne pas intervenir systématiquement. Tout comportement qui nous dérange ou qui s’éloigne d’un idéal éducatif ne constitue pas nécessairement un problème à résoudre. En tant que professionnels, nous avons la responsabilité de hiérarchiser, de contextualiser et, parfois, de choisir délibérément de ne pas travailler certains comportements. Non par négligence, mais parce qu’une intervention pertinente repose autant sur ce que l’on décide de prendre en charge que sur ce que l’on accepte de laisser de côté.
Nous nous retrouvons souvent face à un jeune chien qui saute, tire en laisse, détruit des objets, aboie au portail, ne revient pas au rappel, réclame à table et présente des difficultés lors des rencontres congénères, etc. Face à cette accumulation, la tentation peut être grande de construire un programme visant à corriger chaque élément. Pourtant, cette démarche conduit souvent à l’épuisement des humains comme du chien.
L’une des compétences fondamentales de notre job consiste donc précisément à hiérarchiser les problématiques.
Toutes les difficultés ne présentent ni le même degré d’urgence ni le même impact sur la qualité de vie. Certaines compromettent directement la sécurité. D’autres fragilisent fortement la relation humain-chien ou génèrent une souffrance importante. D’autres encore relèvent davantage de préférences individuelle.
Dès lors, notre rôle est de déterminer :
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