((La “période de transition” ne sera pas évoquée.))
La gestion d’une chienne est comprise entre 56 et 66 jours, la moyenne étant d’environ 63 jours (soit neuf semaines). Mais que se passe-t-il dans l’utérus et comment cela affecte-t-il les chiots avec lesquels vous allez travailler ?
Premier élément à retenir : quelle que soit la race ou la taille, le développement fœtal des chiots suit les mêmes étapes de développement.
C’est pendant la cinquième semaine 5 que nous commençons à avoir un fœtus qui ressemble de plus en plus à un chien, atteignant alors environ 4,5 cm vers la sixième semaine.
Les semaines 7 à 9 sont en grande partie consacrées à la poursuite de la croissance et de la maturation. Le chiot fœtal prend du poids et les mouvements du chiot peuvent être vus lorsque la mère est au repos.
Le chiot peut naître en toute sécurité à la huitième semaine, mais la mise base se produit souvent la neuvième semaine.
La relation entre la taille de la portée et la taille de la race était statistiquement significative.
La taille moyenne des portées était :
Alors que chez les races plus petites, l’âge de la mère n’a pas d’effet sur la taille de la portée, pour les races plus grandes la taille de la portée diminue à mesure que la chienne vieillit.
Les accouplements par inséminations artificielles influencent aussi la taille des portées.
Le sperm congelé ayant un effet plus conséquent sur la diminution du nombre de chiots que le sperm frais.
Grâce à la recherche nous savons que ce dont un chiot hérite dans le cadre de son code génétique, peut affecter de manière significative les traits de comportement qu’il affichera à l’avenir.
Ici je ne m’étendrai pas sur les patrons moteurs, ou tout autre bagage génétique volontairement sélectionnés chez une race, mais sur l’impact de l’épigénétique dans le développement d’un chiot.
L’épigénitique est un paramètre cruciale dans le développement d’un chiot puisque les parents et grands parents peuvent modifier leur propre code génétique pour permettre la transmission de certaines informations.
Brian Dias, a réalisé une étude sur le sujet en conditionnant classiquement des souris à la réponse à l’odeur de l’acétophénone (un produit chimique qui sent la fleur de cerisier).
Petit avertissement avant de continuer votre lecture, cette étude est bien loin du respect animal.
Il a présenté l’odeur de la fleur de cerisier, puis a électrocuté le sol de la cage. Sans surprise, après quelques répétitions, l’odeur de la fleur de cerisier a déclenché une CER (réponse émotionnelle conditionnée) de stress/peur.
Puis il a laissé ces souris s’accoupler, qui ont fait naître des bébés souris qui, sans AUCUN conditionnement, ont également présenté une réaction de peur lorsqu’on leur présentait cette odeur. La peur de cette odeur spécifique avait été transmise dans le code génétique !
Les chiots, comme les souris, sont constitués des codes génétiques de leurs parents et cela façonnera leurs réponses.
.
Les expériences des parents en amont de l’accouplement, mais aussi de la mère au cours de sa grossesse sont susceptibles d’avoir un effet critique et durable sur le développement du chiot.
Vous connaissez probablement l’étude de Braastad et Al qui ont étudié les effets du stress maternel prénatal sur le développement comportemental et hormonal de la progéniture chez les renards bleus.
La situation stressante appliquée à la mère une fois par jour pendant le dernier trimestre de gestation (15 jours) consistait à retirer la femelle gestante de sa cage, à la maintenir pendant 1 minute puis à la remettre dans la cage.
À l’âge de 10 jours, les renards des mamans ayant été soumises à cette situation de stress quotidiennement ont présentés des taux plasmatiques élevés de progestérone et de cortisol ainsi qu’une production surrénalienne accrue de progestérone et de cortisol.
Puis, à l’âge de 5 semaines, lorsqu’ils ont été confrontés aux trois tests de réponse à la nouveauté, ils ont montré une réactivité accrue par rapport aux renardeaux témoins.
Dès lors, avant même de venir au monde, les chiots sont façonnés par leur génétique, par ce que leur parents vivent, et ce que leur mère vit pendant la grossesse.
Parfois certaines familles se sentent dépasser par les réactions de leurs chiots qui présentent des réactions de peur à des stimuli extérieurs.
L’incompréhension, la frustration et/ou la culpabilité peuvent les envahir. Il est alors important de les rassurer en mettant en avant le facteur génétique.
Cela permet aussi de faire prendre conscience à certaines familles que le travail sera plus long sur tel ou tel point, qu’il y a aura des “rechutes”, ou qu’un replacement peut s’avérer judicieux (Tâcher de rendre un chiot phobique des bruits sourds, à l’aise en ville, n’est pas un beau challenge éducatif ! Bien entendu la situation peut s’améliorer, mais à quel prix – pour le chiot et les humains – ?).
Parfois vouloir aider implique aussi de savoir quand “renoncer” et veiller à trouver un meilleur cadre de vie
Nous reviendrons plus en détails sur l’aspect génétique et ce qu’il est important de transmettre aux familles qui vous contactent pour adopter un chiot.
Les 12 premiers jours du développement d’un chiot sont appelés la période néonatale.
En 2016, une étude a montré que les soins précoces d’une mère à ses chiots pendant la période néonatale s’avèrent avoir un effet durable sur le comportement continu du chiot à l’âge adulte.
Ainsi, les chiots issus de portées où la mère a fourni plus de soins maternels ont obtenu des scores plus élevés en terme :
L’expression de comportements agressifs est aussi moins élevée que ceux élevés par des mères moins attentives.
Pour en savoir plus sur ce que cette étude entend par “engagement social” et “engagement physique”, cliquez ici (si vous avez un compte Canva, connectez-vous pour avoir accès au document)
L’introduction d’un certain degré de stress (par exemple, la manipulation ou l’exposition à une température froide) pendant la période néonatale d’un chien peut :
Ainsi des séances de manipulation dès les premiers jours de la vie d’un chiot sont souvent recommandées car elles exposeraient non seulement le chiot à un léger stress mais faciliteraient également la socialisation lorsque le chiot vieillit.
Pour en savoir plus je vous invite à lire cet article : cliquez-ici
Et le témoignages d’Amandine Devaux, éleveuse de berger australien, de berger américain et de border collie – Élevage Of Eternal dreams

On pense que la période sensible commence vers 3 semaines car avant cela, ils ne sont pas capables de faire des associations en raison de leur état de développement immature, mais cette échelle de temps variera car certaines races et certains individus de ces races vont se développer à des rythmes différents.
Dans certaines des recherches de Scott et Fuller, le rythme de développement des chiots e fonction des races n’a pas été le même.
Les chiots cockers ont été les premiers à ouvrir les yeux, ils ont mis du temps à développer la réaction de sursaut au son et étaient intermédiaires entre les autres races en ce qui concerne le développement des dents.
Les fox-terriers étaient les plus lents à se développer sur tous les aspects, à l’exception de la réaction de sursaut au son, dans laquelle ils étaient les plus rapides.
Une étude plus récente en 2015 par Mary Morrow a examiné un total de 98 chiots Cavalier King Charles, Yorkshire terriers et Bergers allemands. Les résultats de cette étude appuient l’hypothèse selon laquelle le développement émotionnel et comportemental, ainsi que l’apparition de comportements d’évitement liés à la peur, varient selon les races et les individus.
Si l’éleveur veut faire un travail très poussé, il profitera de cette période entre 3 et 8 semaines où les sens et le cortex cérébral ne sont pas complètement développés, mais toujours capables de réactions émotionnelles sensibles et de la capacité de faire des associations, pour mettre en place une bonne socialisation.
En effet, c’est durant cette période qu’il est le plus facile pour un chien d’établir un lien social fort avec les humains et les autres espèces, y compris la sienne.
Ces conclusions ont été établies suite au travail de Freedman, qui, en 1961, a découvert que les chiots qui étaient isolés du contact humain manifestaient une tendance croissante à éviter les êtres humains après l’âge de 5 semaines, et à moins que la socialisation ne se produise avant l’âge de 14 semaines, les réactions de fuite devenaient si intenses que des relations normales ne pouvaient pas être établies.
Autre étude particulièrement intéressante, bien qu’horrible : Fox et Stelzner ont pris 6 groupes de chiots beagles d’âge différents :
La moitié d’entre eux étaient des chiens témoins. Ces chiots ont reçu un contact agréable de la part des humains 10 fois par jour.
La moitié restante, le groupe expérimental, recevait un choc électrique chaque fois qu’un humain tendait la main vers eux.
Voici ce qu’ils ont découvert :
Chiots âgés de 5 à 6 semaines
Ils évitaient les humains pendant l’expérience, mais recherchaient le contact humain lors d’essais répétés 1 et 2 semaines plus tard.
Chiots âgés de 12 à 13 semaines
Ils n’ont même pas fait d’associations négatives entre les chocs et les mains.
Chiots âges de 8 à 9 semaines l’onglet
Ils étaient réticents à s’approcher des humains pendant le test, et il en a été de même 1 et 2 semaines plus tard.
La tentative de rééducation de ces chiots à l’aide de nourriture et d’interactions positives a également échoué.
Cette étude met en évidence qu’en règle générale, le cortisol (l’hormone de stress) est à son apogée entre 8 et 10 semaines.
Aussi, même si nous voulons construire un chiot résilient, nous devons faire attention à ne pas l’inonder accidentellement.
Les chiots arrivant souvent dans leurs nouvelles familles à cet âge, il est de notre devoir de mettre en évidence la différence entre “l’exposition” et “l’interaction”. Il sera question d’exposer le chiot à différents stimuli, car les interactions, si elles se passent mal ont plus de risque de de marquer le chiot à vie.
Le critère pour une bonne exposition doit donc être la QUALITÉ et non la QUANTITÉ . Nous en parlerons plus en détail dans le chapitre sur la socialisation.
L’âge du sevrage varie selon les élevages et viendra déterminer le départ du chiot plusieurs jours après.
Personnellement je ne pense pas qu’il y ait un bon âge pour sevrer, ni un bon âge pour laisser partir le chiot chez sa nouvelle famille.
Concernant le sevrage je pense que seul l’éleveur peut le déterminer en observant sa chienne et la portée.
Pour l’âge de départ il est aujourd’hui communément admis que séparer l’animal de sa mère et de sa fratrie avant 12 semaines, affectera sa gestion émotionnelle et ses apprentissages risqueront d’être incomplets (bien entendu ils sont loin d’être terminés !). Ce qui peut entraîner des lacunes à l’âge adulte, plus ou moins simples à récupérer selon la situation.
De plus les traits de tempéraments s’exprimeront plus clairement et il sera alors plus facile pour l’éleveur de déterminer le profil de famille qui conviendra à tel ou tel individu.
Toutefois, même s’il peut sembler idéal d’attendre au moins 12 semaines pour adopter, il existe cependant des exceptions. Notamment si l’animal évolue dans un environnement peu stimulant, puisqu’il s’habituerait à ce niveau bas de stimulations. Arrivé dans sa nouvelle maison, le décalage sera alors trop important, rendant l’adaptation difficile, et tout stimulus normal déclenchera probablement une réaction de peur.
Pour prévenir cela, mieux vaut alors le placer dans son nouveau foyer dès 8 semaines, mais nous sommes bien d’accord qu’il devrait normalement être essentiel de se tourner vers un élevage dont les conditions de vie, ou tout du moins le travail de socialisation effectués font intervenir des éléments auxquels le chiot sera confronté plus tard afin de ne pas le séparer des siens précocement.
Arai, S., Ohtani, N. and Ohta, M. (2011). Importance of Bringing Dogs in Contact with Children during Their Socialization Period for Better Behavior. Journal of Veterinary Medical Science, 73(6), pp.747-752.
Bacon, W. and Stanley, W. (1970). Avoidance learning in neonatal dogs. Journal of Comparative and Physiological Psychology, 71(3), pp.448-452.
Battaglia, C. (2009). Periods of Early Development and the Effects of Stimulation and Social Experiences in the Canine. Journal of Veterinary Behavior, 4(5), pp.203-210.
Borge, K., Tønnessen, R., Nødtvedt, A. and Indrebø, A. (2011). Litter size at birth in purebred dogs—A retrospective study of 224 breeds. Theriogenology, 75(5), pp.911-919.
Braastad, B. (1998). Effects of prenatal stress on behaviour of offspring of laboratory and farmed mammals. Applied Animal Behaviour Science, 61(2), pp.159-180.
Bray, E., Sammel, M., Cheney, D., Serpell, J. and Seyfarth, R. (2017). Characterizing Early Maternal Style in a Population of Guide Dogs. Frontiers in Psychology, 8.
Cutler, J., Coe, J. and Niel, L. (2017). Puppy socialization practices of a sample of dog owners from across Canada and the United States. Journal of the American Veterinary Medical Association, 251(12), pp.1415-1423.
Dias, B. and Ressler, K. (2013). Parental olfactory experience influences behavior and neural structure in subsequent generations. Nature Neuroscience, 17(1), pp.89-96.
Duxbury, M., Jackson, J., Line, S. and Anderson, R. (2003). Evaluation of association between retention in the home and attendance at puppy socialization classes. Journal of the American Veterinary Medical Association, 223(1), pp.61-66.
Fox, M. (1969). Behavioral Effects of Rearing Dogs With Cats During the ‘Critical Period of Socialization’. Behaviour, 35(3-4), pp.273-280.
Fox M, Stelzner, D. (1966). Behavioural effects of differential early experience in the dog. Animal Behaviour, 14(2-3), pp.273-281.
Fox M, Stelzner D. (1967) The effects of early experience on the development of inter and intraspecies social relationships in the dog. Animal Behaviour, 15: pp.377-386.
Freedman, D., King, J. and Elliot, O. (1961). Critical Period in the Social Development of Dogs. Science, 133(3457), pp.1016-1017.
Horwitz DF, Mills DS, Heath S. Manual of canine and feline behavioural medicine. 4. ed. British Small Animal Veterinary Association (BSAVA), Quedgeley cop., 2002.
Lyons, D., Afarian, H., Schatzberg, A., Sawyer-Glover, A. and Moseley, M. (2002). Experience-dependent asymmetric variation in primate prefrontal morphology. Behavioural Brain Research, 136(1), pp.51-59.
Lyons, D., Martel, F., Levine, S., Risch, N. and Schatzberg, A. (1999). Postnatal Experiences and Genetic Effects on Squirrel Monkey Social Affinities and Emotional Distress. Hormones and Behavior, 36(3), pp.266-275.
McMillan, F., Serpell, J., Duffy, D., Masaoud, E. and Dohoo, I. (2013). Differences in behavioral characteristics between dogs obtained as puppies from pet stores and those obtained from noncommercial breeders. Journal of the American Veterinary Medical Association, 242(10), pp.1359-1363.
Morrow, M., Ottobre, J., Ottobre, A., Neville, P., St-Pierre, N., Dreschel, N. and Pate, J. (2015). Breed-dependent differences in the onset of fear-related avoidance behavior in puppies. Journal of Veterinary Behavior, 10(4), pp.286-294.
Nott H. (1992) Behavioural Development of the Dog. In: Thorne C. (ed.) The Waltham book of dog and cat behaviour. 1. ed. Pergamon Press, Oxford pp.65-78.
Osadchuk, L., Braastad, B. and Bakken, M. (2004). Effect of Prenatal Stress on the Pituitary–Adrenal Axis in Blue Foxes. Russian Journal of Developmental Biology, 35(3), pp.162-167.
Parker, K., Buckmaster, C., Schatzberg, A. and Lyons, D. (2004). Prospective Investigation of Stress Inoculation in Young Monkeys. Archives of General Psychiatry, 61(9), p.933.
Schoon, A. and Berntsen, T. (2011). Evaluating the effect of early neurological stimulation on the development and training of mine detection dogs. Journal of Veterinary Behavior, 6(2), pp.150-157.
Scott, J. and Fuller, J. (1965). Genetics and the social behaviour of the dog. Chicago: University of Chicago Press.
Scott, J. (1958). Critical Periods in the Development of Social Behavior in Puppies. Psychosomatic Medicine, 20(1), pp.42-54.
Seksel, K., Mazurski, E. and Taylor, A. (1999). Puppy socialisation programs: short and long term behavioural effects. Applied Animal Behaviour Science, 62(4), pp.335-349.
Serpell, J. A. & Jagoe, J. A. (1995).
Early experience and the development of behavior. In The Domestic Dog: Its Evolution, Behaviour and Interactions with People, ed. Serpell, J. A. Cambridge University Press, pp. 80–102.
Pour assurer le bon fonctionnement de ce site, nous devons parfois enregistrer de petits fichiers de données sur l'équipement de nos utilisateurs.
