Dans le monde du chien, l’apprentissage est souvent présenté à travers une approche très académique :
Elles permettent de comprendre comment un comportement peut apparaître, augmenter ou diminuer. Mais cette approche possède une limite importante : elle décrit les mécanismes d’apprentissage, sans toujours expliquer comment construire un chien capable de bien vivre dans notre monde.
Or, dans la réalité, l’éducation ne consiste pas uniquement à produire des comportements.
Elle consiste à développer un individu. C’est pour cela qu’une approche centrée uniquement sur les quadrants peut parfois devenir trop technique, trop mécanique, voire réductrice. À l’inverse, penser en termes de concepts permet de replacer le chien dans une vision globale :
L’objectif n’est plus seulement : “comment faire apparaître un comportement ?” Mais aussi : “Qu’est-ce que le chien doit développer pour réussir dans cette situation ?”
L’approche centrée uniquement sur les comportements ressemble souvent à un enfant à qui l’on apprend à réciter une poésie par cœur. On lui apprend :
Et tant que le contexte reste identique, cela fonctionne. Mais dès qu’on change un peu la situation, l’enfant se retrouve perdu (d’ailleurs combien d’entre-nous ne se souvenaient même plus de leur leçon une fois l’examen terminé ?)
Pourquoi ? Parce qu’il a appris une réponse précise, sans réellement développer les compétences derrière.
C’est souvent ce qui se passe dans une approche académique : un problème = un protocole.
Le chien :
Le problème, c’est qu’on finit par créer des chiens qui savent répondre dans certains contextes très entraînés, mais qui n’ont pas réellement développé les capacités nécessaires pour gérer le monde réel, sans oublier les humains en bout de laisse qu’on perd en route.
L’approche par concepts fonctionne différemment.
Elle cherche moins à apprendre au chien “quoi faire” qu’à lui donner des cartes pour réfléchir et s’adapter.
Un peu comme apprendre à un enfant à comprendre une langue, à enrichir son vocabulaire, à construire des idées, et finalement à écrire lui-même des poésies.
Le chien développe alors :
Et surtout, cette approche devient beaucoup plus réaliste pour les propriétaires lambda, car dans la vraie vie, la majorité des humains ne s’entraînent pas tous les jours, oublient les protocoles, manquent de timing, ne veulent pas transformer leur quotidien en séance d’entrainement permanente.
À l’inverse, lorsqu’on développe des concepts profonds on améliore simultanément énormément de situations du quotidien, parce que le chien ne devient pas simplement bon dans un exercice, il devient plus compétent globalement et l’humain sait aussi commet communiquer avec son chien dans tout un tas de situation et pas seulement quelques unes. On construit des habitudes, une communication, et non des boutons sur lesquels appuyer bêtement.
Et c’est probablement là la plus grande différence : l’approche comportementale apprend souvent au chien à répondre à des situations précise, alors que l’approche conceptuelle cherche à développer un chien capable de faire face au monde réel.
Dans cette approche, l’apprentissage n’est plus vu comme une simple addition de renforcements et de punitions, on cherche plutôt à développer quatre grands piliers :
Ces concepts deviennent alors des directions de travail.
La confiance est probablement la base de tout apprentissage durable.
Un chien qui manque de confiance :
Le chien est-il capable de retrouver un état émotionnel stable et présente t’il un comportement adapté ?
Comment aborde-t-il la nouveauté ? Avec curiosité ou avec inquiétude ?
Le chien peut-il réfléchir et agir sans dépendance excessive à l’humain, surtout quand l’apprentissage a déjà été mis en place ?
Est-il capable de traverser une difficulté sans s’effondrer émotionnellement ? Fait-il preuve de résilience ?
L’approche académique cherchera souvent à :
L’approche conceptuelle pose une autre question : “Le chien développe-t-il réellement de la confiance dans sa manière d’affronter le monde ?” Le comportement visible n’est alors plus le seul indicateur.
Ainsi un chien qui développe véritablement de la confiance ne change pas uniquement un comportement précis. On observe souvent qu’il devient :
La confiance devient alors une compétence globale. C’est un peu comme la différence entre apprendre à quelqu’un à ne pas paniquer dans UNE situation précise VS aider cette personne à devenir globalement plus solide face à l’imprévu. Dans le premier cas, on obtient souvent une réponse entraînée. Dans le second, on développe une capacité profonde.
La communication correspond à tout ce qui permet au chien de comprendre clairement notre intention.
C’est ici que l’on retrouve les outils plus techniques :
Contrairement à certaines approches idéologiques, les outils ne sont ni “bons” ni “mauvais” par essence. Un outil n’est qu’un moyen de transmettre une information, encore faut-il apprendre au chien à y répondre.
Typiquement bon nombre de chiens considèrent les friandises comme une ressource agréable, mais pas renforçante, dans le sens où elle n’a pas d’impact réel sur leur manière de se comporter/s’engager avec nous. Et pourtant ils les prennent. Ces chiens n’ont parfois simplement pas appris “à apprendre à apprendre”
Beaucoup de chiens ne savent pas non plus répondre à la pression d’une laisse, ou encore quand est-ce que l’humain est disponible ou non et confondent disponibilité avec accessibilité.
L’approche académique classe souvent les outils selon leur catégorie opérante :
L’approche conceptuelle regarde plutôt :
On sort alors d’une logique morale simpliste “outil autorisé / outil interdit”, pour entrer dans une logique fonctionnelle “qu’est-ce qui aide réellement ce chien à apprendre/à répondre à ses besoins ?” et/ou “cet humain à se faire comprendre de son chien”
La connexion correspond à la capacité du chien à entrer en relation avec l’humain. Elle ne se résume pas à l’obéissance. Un chien peut exécuter des comportements sans être réellement connecté.
La connexion implique :
Le chien choisit-il d’entrer dans l’interaction ?
Peut-il maintenir son attention malgré l’environnement ?
La présence humaine est-elle rassurante ou contraignante ? Veut-il rester avec nous ou s’éloigner ?
Le chien est-il capable de synchronisation sociale et émotionnelle ?
La connexion correspond à la capacité du chien à entrer en relation avec l’humain.
Elle ne se résume pas à l’obéissance.
Un chien peut exécuter des comportements sans être réellement connecté.
La connexion implique :
Le chien choisit-il d’entrer dans l’interaction ?
Peut-il maintenir son attention malgré l’environnement ?
La présence humaine est-elle rassurante ou contraignante ?
Le chien est-il capable de synchronisation sociale et émotionnelle ?
Une approche purement comportementale pourrait expliquer la proximité par :
Mais cela oublie souvent que :
La connexion n’est pas uniquement un comportement renforcé. C’est une qualité relationnelle.
La coopération est souvent ce qui manque le plus dans les approches centrées uniquement sur les comportements, surtout en éducation positive.
La coopération implique :
Le chien peut-il accepter un inconfort sans exploser émotionnellement/ou que ça entache la relation?
Peut-il abandonner une envie immédiate et accepter notre option ?
Peut-il faire face à des situations qui impliqueraient normalement un comportement impulsif de sa part ?
Dispose-t-il des ressources émotionnelles suffisantes pour savoir monter en énergie sans se perdre émotionnellement et redescendre facilement et rapidement ?
Dans certaines approches modernes de l’éducation positive, cette compétence est parfois insuffisamment développée voire évitée. On cherche tellement à maintenir le chien dans le confort, la motivation et la réussite qu’on finit parfois par contourner tout inconfort ou toute frustration. Le chien apprend alors surtout :
Mais dans la vraie vie, le chien sera forcément confronté à des situations où :
Et c’est souvent là que les limites apparaissent. Parce qu’un chien qui n’a jamais réellement appris :
risque de devenir extrêmement dépendant :
On se retrouve alors dans une logique où, face à chaque difficulté, il faut :
Mais apprendre à vivre dans le monde réel demande aussi de développer certaines capacités émotionnelles. Car l’autocontrôle n’est pas uniquement faire patienter un chien contre une récompense, c’est avant tout accepter que tout ne soit pas accessible immédiatement, supporter une émotion sans exploser, rester capable de réfléchir malgré la frustration, tolérer une contrainte raisonnable, et parfois coopérer même lorsque le choix spontané du chien serait différent.
L’objectif n’est évidemment pas de mettre le chien en échec ou de le confronter brutalement à des situations qu’il ne peut pas gérer. Mais éviter systématiquement toute frustration peut produire des chiens :
L’intérêt de penser en concepts est qu’on ne cherche plus uniquement à produire un comportement observable.
On cherche à développer :
Cette approche permet également de mieux intégrer les différences individuelles integrant (autant que faire se peut) les Dog Persona.
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