Zoom sur l’adolescence – Partie 2

Les différences entre mâles et femelles

 
L’adolescence est fortement influencée par le sexe du chien.
Les modifications comportementales observées chez les mâles et les femelles ne sont pas identiques.
 

Les femelles

 
Chez les femelles, l’arrivée des chaleurs s’accompagne souvent :
 
  •  d’une augmentation de la sensibilité émotionnelle
  • d’une plus grande vulnérabilité sociale
  • d’une modification des relations avec les autres chiens
  • d’une augmentation possible des tensions entre femelles.
 
Certaines femelles deviennent plus évitantes et cherchent l’apaisement.
D’autres deviennent plus contrôlantes ou plus irritables.
Les dynamiques sociales peuvent devenir particulièrement tendues.
 
Chez certaines chiennes, on observe :
 
  •  davantage de comportements de contrôle
  • une augmentation des comportements territoriaux
  • des conflits avec les autres femelles
  • des réactions plus intenses face à l’intrusion sociale.
 

Les mâles

 
Chez les mâles, on observe souvent :
 
  • davantage de prise de risque
  • une augmentation des comportements exploratoires
  • une augmentation des comportements sexuels
  • davantage de compétition sociale
  • une augmentation des comportements de roaming ( = comportements de déplacement autonome et d’exploration à grande distance du groupe social ou du référent)
 
Le jeune mâle devient souvent plus indépendant.
Il peut :
 
  • ignorer davantage les signaux sociaux
  • tester les limites
  • s’éloigner davantage
  • développer des comportements compétitifs.
 
Ces comportements ont une logique biologique forte : ils favorisent la dispersion et la reproduction.

Les modifications des rythmes d’activité

 
L’adolescence s’accompagne souvent d’une modification du rythme veille-sommeil.
De nombreux chiens adolescents :
 
  • dorment davantage
  • alternent périodes de grande fatigue et pics d’excitation
  • présentent des périodes d’activité très intenses au lever et au coucher du soleil.
 
Ces « heures de folie » correspondent à des périodes biologiquement pertinentes chez les canidés.
Dans la nature, ces moments sont associés :
 
  • à l’activité de chasse
  • à l’exploration
  • à la recherche de ressources.
 
Ces informations sont importantes pour l’organisation des routines.
Les éducateurs peuvent aider les familles à :
  • proposer des activités encadrées
  • structurer les sorties
  • utiliser des activités d’occupation adaptées.

L’émergence des prédispositions de race

 
L’adolescence correspond également à la période où les comportements liés aux prédispositions génétiques deviennent beaucoup plus visibles.
Un chiot relativement « neutre » peut soudain commencer à exprimer fortement :
 
  • des comportements de prédation
  • des comportements de garde
  • des comportements de poursuite
  • des comportements de contrôle du mouvement
  • des comportements de vigilance
  • des comportements de protection des ressources.
 
C’est une étape fondamentale.
Le chien commence progressivement à devenir le chien qu’il est génétiquement programmé à être.
 

Les motivations comportementales

 
Chaque individu possède un équilibre motivationnel différent.
On peut notamment distinguer :
 
  • la motivation de chasse
  • la motivation de recherche alimentaire
  • la motivation de scavenging (fouille, récupération de ressources)
  • la motivation sociale
  • la motivation exploratoire.
Ces motivations évoluent fortement durant l’adolescence.
Par exemple :
 
  • certains chiens deviennent soudain très chasseurs
  • certains développent des comportements de fouille importants
  • certains deviennent très préoccupés par l’environnement
  • certains augmentent fortement leurs comportements de garde.
 

Les comportements spécifiques selon les lignées

 
Certaines tendances apparaissent particulièrement fréquemment :
 
  • comportements vocaux chez certains chiens de garde
  • protection de ressources chez certaines lignées 
  • quête chez les chiens de chasse
  • comportements de contrôle du mouvement chez les chiens de berger
  • compétition sociale chez certains terriers
  • comportements de vigilance chez les races de protection.
 
Cela ne signifie pas que tous les chiens d’une race développeront ces comportements, mais les professionnels doivent comprendre que l’adolescence est le moment où ces tendances peuvent émerger avec force et doivent absolument le savoir pour adapter leur suivi en conséquence. On ne doit pas aborder un malinois qui déclenche sur les voitures, comme le fait un border collie. Les deux sont pourtant classés dans les chiens de berger, mais la fonction de leur comportement, ou encore ce qui active leur dopamine, sont très différentes.

Individualiser l’accompagnement

 
Tous les chiens adolescents ne vivent pas cette période de la même manière.
Le comportement observé dépend notamment :
 
  • de la génétique
  • des lignées
  • des expériences précoces
  • du tempérament
  • du sexe
  • de la maturité émotionnelle
  • de l’environnement
  • de l’état émotionnel global.
 
Le rôle du professionnel est donc d’éviter les approches standardisées.
Un chien sensible socialement n’aura pas les mêmes besoins qu’un chien très affirmé.
Un chien de chasse n’aura pas les mêmes priorités qu’un chien de protection.
Un adolescent très exploratoire n’aura pas les mêmes difficultés qu’un chien très dépendant émotionnellement.

Pourquoi certains comportements apparaissent soudainement

 
Un point essentiel pour les professionnels est de comprendre qu’un comportement qui apparaît à l’adolescence n’est pas forcément causé par un traumatisme.
 
Très souvent, les propriétaires construisent un récit causal : « Tout allait bien jusqu’à… »
Or, il est fréquent que le comportement ait simplement émergé parce que le chien est entré dans une phase de maturation comportementale.
 
L’événement observé est parfois seulement :
 
  • le premier contexte d’expression
  • le premier déclencheur visible
  • la première occasion où le chien a essayé ce comportement.
 
Cette distinction est fondamentale, sinon les humains risquent :
 
  • de surinterpréter les événements
  • de développer de l’anxiété
  • de multiplier les expositions inadaptées ou au contraire de les éviter alors qu’il n’était pas question de ça
  • de renforcer involontairement le comportement.