MODULE 1 - VOTRE (NOUVELLE) BOITE À OUTILS
MODULE 2 - LES ESSENTIELS EN EXTÉRIEUR (EN LAISSE)

Et la frustration ?

Depuis quelques années, on voit apparaître un discours de plus en plus répandu : la frustration serait une émotion qu’il faudrait éviter au maximum. Certains vont même jusqu’à dire que tout exercice susceptible de générer de la frustration devrait être supprimé de nos entraînements. Je pense que cette vision est réductrice (et risquée, surtout quand on enseigne à des néophytes !).

La frustration fait partie du vivant

D’abord parce qu’elle oublie une chose essentielle : la frustration ne commence pas avec l’éducation canine.

La frustration n’est pas une conséquence de nos demandes. Elle fait partie de la vie. Elle fait partie du développement du chiot dès ses premiers jours (il doit attendre son tour pour téter, il est parfois repoussé par sa mère ou par sa fratrie, il n’obtient pas immédiatement ce qu’il souhaite, parfois il ne se réveille même pas et loupe une tétée).

Et elle fait partie de la vie de tous les animaux. Un renard ne capture pas une proie à chaque chasse. Un chien libre ne trouve pas de nourriture à chaque recherche.

La frustration n’est donc pas une invention de notre société moderne. Elle existe parce qu’elle est utile. Sans frustration, il n’y aurait aucune raison de chercher, d’essayer, de persévérer ou d’apprendre. La frustration est un moteur.

La frustration naît d’une attente

À mes yeux, la frustration apparaît lorsqu’il existe un écart entre ce que le chien pense obtenir et ce qu’il obtient réellement. C’est donc une émotion très fluctuante. Ce qui est frustrant aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain.

Prenons un chien qui doit attendre avant de sortir de la voiture. Les premières fois, cette attente peut être difficile. Puis, progressivement, elle devient normale. L’attente ne disparaît pas, mais l’émotion, elle, change. Le chien sait désormais à quoi s’attendre.

De la frustration à l’anticipation

C’est probablement l’un des phénomènes les plus intéressants en entraînement.

Au départ, le chien attend parce qu’il n’a pas le choix. Puis il découvre que cette attente fait partie du jeu.

Il ne pense plus : “Pourquoi je ne peux pas avoir mon jouet ?”
Il pense : “Je connais ce jeu. Si je fais ce qu’il faut, mon jouet va arriver.”

L’émotion change : frustration -> anticipation -> engagement

Le chien investit son énergie dans le comportement plutôt que dans son émotion (qu’il sait désormais réguler qui peut même finir par être remplacée).

Construire des compétences émotionnelles

Je ne cherche pas à entraîner la frustration. Déjà parce que c’est impossible (on entraine pas une émotion). Non, je cherche à entraîner les compétences qui permettront au chien de la traverser.

  • le contrôle
  • le renoncement
  • ‘attente
  • la persévérance
  • la résolution de problème
  • le fitness émotionnel

Petit à petit, le chien découvre que ces émotions ne sont pas des impasses. Elles annoncent au contraire qu’il existe quelque chose à faire.

À votre avis, dans ces vidéos, que créer la frustration ?