MODULE 1 - VOTRE (NOUVELLE) BOITE À OUTILS
MODULE 2 - LES ESSENTIELS EN EXTÉRIEUR (EN LAISSE)

Développer le renoncement

Apprendre à manger

Cela peut paraître étonnant, mais l’une des compétences les plus importantes que nous pouvons enseigner à un chien est apprendre à manger.

En éducation positive, nous utilisons très souvent la nourriture comme renforçateur. Pourtant, nous partons presque toujours du principe que le chien sait déjà comment l’utiliser. Or, manger est une compétence qui s’apprend. Pas parce que le chien ne sait pas avaler une friandise, mais parce qu’il doit apprendre à accepter ce que nous lui proposons, au moment où nous le proposons, malgré la présence d’autres motivations.

Pourquoi est-ce si important ?

Dans un monde idéal, si nous souhaitons utiliser principalement le renforcement positif, notre chien devrait être capable de prendre une récompense dans la majorité des situations de son quotidien. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas.

Un chien peut préférer :

  • aller sentir une odeur 
  • poursuivre un congénère 
  • observer son environnement 
  • jouer 
  • continuer une exploration

À l’inverse, il peut également être préoccupé par quelque chose qu’il apprécie peu :

  • un brossage 
  • un soin vétérinaire 
  • une manipulation 
  • un exercice difficile 
  • une émotion désagréable

Dans toutes ces situations, nous aimerions pouvoir lui dire :

« Accepte ce que je te propose maintenant. »

Cette capacité est au cœur du renoncement. Le chien renonce momentanément à ce qu’il aurait spontanément choisi pour accepter notre proposition.

Une compétence, pas une motivation

Beaucoup de personnes pensent qu’un chien qui refuse une friandise n’est « pas gourmand ».

En réalité, c’est rarement aussi simple. Très souvent, le chien n’a simplement jamais appris à manger dans certaines situations.
Comme n’importe quel comportement, cette compétence se construit progressivement.

Nous ne pouvons pas attendre d’un chien qu’il mange pendant un soin vétérinaire si, toute sa vie, il n’a reçu des friandises que lorsqu’il n’y avait pas vraiment “d’enjeu” ou de réels choix à faire.

Nous entraînons des concepts

Dans cette formation, vous remarquerez que je parle rarement d’exercices isolés. Je préfère raisonner en concepts. Un concept est une compétence générale que le chien pourra réutiliser dans des dizaines de contextes différents.

Par exemple, lorsque nous travaillons le renoncement, je ne cherche pas uniquement à apprendre au chien à laisser une friandise au sol. Je développe sa capacité à abandonner une option pour en accepter une autre. C’est exactement la même chose ici.

Je ne cherche pas simplement à apprendre au chien à prendre une friandise. Je développe sa capacité à accepter une récompense quelles que soient les circonstances = le contexte changera, mais la compétence restera la même.

C’est cette façon de raisonner qui permet ensuite de transférer facilement les apprentissages vers la vie quotidienne, les soins, le sport ou toute autre activité.

Les différents schémas de renforcement

Pour construire cette compétence, j’utilise plusieurs façons de présenter la nourriture.
Chacune développe une compétence légèrement différente.

  • Manger dans un contenant

La nourriture est déposée dans un récipient, une gamelle, un couvercle, un tapis de léchage, un tapis de fouille ou tout autre support.
C’est souvent le schéma de renforcement le plus facile pour débuter, car il s’appuie sur un historique d’apprentissage extrêmement solide. Depuis son plus jeune âge, le chien a appris qu’un contenant qui renferme de la nourriture est fait pour être mangé. En d’autres termes, le contenant devient un véritable signal : « Ici, je peux manger. »

Cette présentation favorise également ce que j’appelle le focus tâche. La vision, l’odorat, le goût et les comportements alimentaires du chien sont entièrement dirigés vers une seule activité = consommer la nourriture. Le contenant délimite clairement l’espace de travail et facilite l’engagement du chien dans ce qu’il est en train de faire.

C’est pour cette raison que j’utilise très souvent ce type de renforcement au début de cet apprentissage, ou dans des situations où je souhaite que le chien reste concentré sur une tâche malgré la présence d’autres événements autour de lui.

  • Le Glue et ses variantes (main magique)

Le chien garde sa truffe collée à ma main pendant qu’il mange progressivement.
Ce schéma favorise la proximité, accompagne les mouvements du chien et permet de maintenir son attention pendant des manipulations ou des déplacements.

  •  Manger dans la main et poursuivre une friandise

Le chien vient prendre une friandise directement dans ma main. C’est le schéma le plus simple, mais aussi celui qui sera le plus utilisé au quotidien. Il mérite donc d’être réellement travaillé et généralisé.

La friandise est lancée afin que le chien puisse aller la récupérer.
Dans la vidéo vous verrez le travail du renoncement avec une gamelle de disponible, au départ on peut faciliter le travail en mettant la gamelle un peu en hauteur, en limitant son accès ou en la laissant vide. 

Le shopping

Pour rappel, le renoncement est composé de trois étapes :

  1. se détourner de ce qui attire le chien (de manière spontanée ou à notre demande) 
  2. nous rechercher 
  3. accepter ce que nous lui proposons à la place

L’objectif final est que, face à une distraction, le premier réflexe du chien soit de venir nous consulter. Il comprend ainsi que nous sommes la personne qui lui permettra, ou non, d’accéder à ce qui l’intéresse.

Le shopping est l’un des exercices qui permet de construire ces premières compétence (la 1 et la 2)

L’idée est simple = nous allons ensemble vers ce qui intéresse le chien. Contrairement à ce que l’on fait souvent, nous ne cherchons pas à détourner son attention de la distraction. Au contraire, nous l’encourageons à l’observer et à s’y intéresser. En revanche, le chien apprend une règle essentielle : l’accès à cette ressource passe par nous. En quelque sorte, nous détenons la clé.

Il peut regarder, s’approcher, être curieux, mais il ne pourra accéder à ce qui l’intéresse que s’il choisit de nous intégrer dans l’équation.
Petit à petit, le chien comprend qu’il est plus intéressant de nous consulter que d’agir seul.

Ce n’est plus la distraction qui guide son comportement, mais la relation qu’il construit avec nous autour de cette distraction.

Faire évoluer l’exercice

Lorsque le principe est bien compris, il est important de sortir progressivement du cadre très scolaire de l’exercice.

Par exemple :

  • poser la friandise ou le jouet directement au sol, sans protection 
  • changer la place de la distraction (cf Théo avec son molosse, Mélodie avec sa chienne croisée berger et moi avec Nawak)
  • s’éloigner franchement du chien, voire changer de pièce
  • proposer plusieurs points de shopping et évoluer parmi eux (démo en live)

L’objectif est que le chien conserve cette habitude de nous consulter, même lorsque l’exercice ressemble de moins en moins à un exercice.

En quoi est-ce différent du « Look At That » ?

À première vue, cet exercice peut rappeler le Look At That (LAT), puisqu’on encourage également le chien à regarder ce qui l’intéresse.

Pourtant, l’objectif est différent. Dans le LAT, le stimulus devient le déclencheur d’une récompense. Le chien regarde la distraction, puis revient vers son conducteur pour être renforcé. L’objectif est principalement de modifier son état émotionnel vis-à-vis du stimulus et de développer une réorientation vers l’humain.

Dans le shopping, je ne cherche pas à faire de la distraction un simple déclencheur de récompense. Je veux que le chien apprenne à vivre avec ce qui l’intéresse, sans avoir besoin d’y accéder immédiatement. Comme lorsque nous faisons nos courses : nous regardons des dizaines de produits, nous nous arrêtons devant certains rayons, mais nous ne mettons pas tout dans notre panier (d’où l’appellation 😉 )

Le chien apprend donc à observer, à réfléchir et à nous consulter avant d’agir.
Ce n’est pas un exercice de détournement de l’attention. C’est un exercice de contrôle, de prise d’information et de renoncement.

Quand le chien ne prend pas la nourriture

Vous l’avez compris, dans ce cours il est aussi question d’échanger sur les techniques qui nous permettent d’obtenir la coopération du chien même quand ce dernier ne s’intéresse pas aux friandises. 

Quand le chien ne prend pas la nourriture nous pouvons : 

  • Au préalable :
    • Utiliser les patterns pour mettre le chien avec nous (jeu du huit, du U, ou de l’escargot)
  • Quand le chien a compris les règles de la conduite :
    • Accélérer quand le chien est d’un côté (à droite ou à gauche) quand nous conduisons pour l’empêcher d’avoir accès à ce qu’il convoite
    • Utiliser le feu rouge/feu verte
    • Utiliser la technique de “je te grille la priorité”