Demander à un chien de marcher parfaitement en laisse pendant toute la promenade est souvent injuste.
D’une part, cela ne répond pas à ses besoins d’exploration, de mouvement et de découverte. La balade est avant tout son moment. C’est le temps où il peut sentir, observer, se déplacer et satisfaire une grande partie de ses besoins physiques et mentaux.
D’autre part, on oublie souvent que marcher calmement aux côtés d’un humain est une véritable compétence. Comme tout apprentissage, elle demande du temps, de l’entraînement et de l’endurance. Un chien qui débute n’a tout simplement pas encore les capacités de maintenir cette concentration pendant toute une promenade.
À l’inverse, la balade ne doit pas non plus se faire au détriment de l’humain. Être tracté du début à la fin n’est ni agréable ni sécuritaire.
C’est pourquoi il est essentiel de cartographier la promenade. Certains moments sont dédiés aux besoins du chien : il conduit, explore et profite de son environnement. D’autres sont consacrés à la connexion et la coopération : l’humain reprend le volant pour traverser une rue, rejoindre un lieu ou évoluer dans un environnement plus contraignant.
Dans une balade équilibrée, les temps où le chien conduit sont généralement plus nombreux que ceux où l’humain conduit. La marche en laisse devient alors une compétence utilisée lorsque c’est nécessaire, plutôt qu’une contrainte imposée du début à la fin de la sortie.
Le moment où le chien franchit la porte est particulier. Il vient parfois de rester plusieurs heures dans un environnement relativement pauvre en stimulations. Son organisme accumule une forte motivation à explorer, courir, sentir, éliminer et simplement bouger. Vouloir obtenir immédiatement une marche au pied est souvent contre-productif car le chien n’est pas encore disponible.
Son cerveau est orienté vers un objectif simple :
« Enfin, je peux sortir. »
Pendant cette première phase, il est donc souvent pertinent d’autoriser une certaine tension sur la laisse, tant que celle-ci reste compatible avec la sécurité.
Il ne s’agit pas de laisser le chien tracter son humain sans contrôle, mais de reconnaître qu’il traverse une période de forte activation où son besoin principal est de décharger l’énergie accumulée.
Cette permission temporaire évite de transformer les premières minutes de balade en succession de corrections et de frustrations.
Le chien avance, découvre son environnement, prend les premières informations olfactives, effectue ses premiers besoins et commence progressivement à faire redescendre son niveau d’excitation.
Cette phase est très individuelle.
Chez certains chiens, quelques dizaines de mètres suffisent.
Chez d’autres, plusieurs minutes sont nécessaires.
L’objectif n’est donc pas une distance précise mais un changement d’état émotionnel.
Avant de demander davantage d’attention, nous devons apprendre au propriétaire à observer son chien.
Plusieurs indices montrent que celui-ci devient plus disponible :
Lorsqu’un ou plusieurs de ces signaux apparaissent, le chien est généralement prêt à entrer dans une nouvelle séquence.
Au début de l’apprentissage, nous avons tout intérêt à placer les propriétaires dans des situations où ils pourront réussir.
Les environnements les plus aidants sont ceux qui offrent des limites naturelles : un mur, une clôture, une haie ou des buissons réduisent les possibilités de déplacement du chien et facilitent le maintien de sa position.
Nous pouvons également utiliser les éléments du paysage pour créer des patterns simples (arbres, poteaux, etc). Ces repères donnent une direction claire au propriétaire et rendent ses déplacements plus prévisibles pour le chien.
Plus l’environnement aide le propriétaire à tenir son rôle de conducteur, plus le chien pourra comprendre facilement ce que l’on attend de lui.
Le changement de rôle doit être visible pour le chien (passage par le parking).
À partir de là, nous devons apprendre aux propriétaires que reprendre le volant ne consiste pas uniquement à changer le matériel. Toute leur attitude doit être cohérente avec leur nouveau rôle.
La laisse est reprise plus courte afin de limiter les changements de trajectoire du chien et de rendre la communication plus fluide. Il ne s’agit pas de maintenir une tension permanente, mais de créer un cadre stable où chacun connaît sa place.
Nous devons apprendre aux propriétaires à adopter une véritable posture de conducteur : regarder devant eux, conserver une allure régulière et avancer avec une intention claire. Ils ne doivent pas modifier leur trajectoire parce que le chien souhaite changer de côté ou s’arrêter à chaque odeur. Comme au volant d’une voiture, c’est le conducteur qui choisit la direction, l’allure et les arrêts.
Le moment où l’humain conduit est aussi celui où il doit devenir intéressant. Nous pouvons proposer différents jeux de connexion afin de maintenir l’engagement du chien. Nous étudierons ces exercices en détail dans la semaine 2, consacrée à la connexion.
Il n’existe pas de durée universelle.
La phase de conduite dure tant que l’humain souhaite bénéficier de l’attention du chien.
Dans la pratique, la phase où m’humain conduit correspond souvent aux portions où l’environnement impose davantage de coopération :
Une fois cette zone franchie, il est tout à fait possible de rendre à nouveau davantage de liberté.
La balade devient alors une alternance cohérente entre :
Cette alternance est beaucoup plus facile à comprendre qu’une exigence constante de marche stricte.
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