Si nous faisons de nouveau une analogie avec les nourrissons voilà ce que recommande l’Association Australienne pour la Santé Mentale Infantile (AAIMH) :
Entraîner un jeune enfant à ne pas pleurer pourra effectivement amener un enfant à ne plus pleurer. Mais cela pourra aussi lui apprendre qu’il ne peut espérer aucune aide lorsqu’il en a besoin.
[…] Cette angoisse s’atténuera lorsqu’ils auront compris que l’absence est un phénomène temporaire et ne présente pas de danger pour eux. […]
Les enfants se sentiront beaucoup plus en sécurité si leurs pleurs déclenchent rapidement et systématiquement une aide adéquate de la part de la personne qui s’occupe d’eux. Un attachement lié à un solide sentiment de sécurité représente le fondement d’une bonne santé mentale.
Les enfants dont les parents répondent rapidement lorsqu’ils pleurent apprennent à se calmer plus rapidement et facilement, au fur et à mesure qu’ils prennent conscience que leurs besoins émotionnels sont pris en compte.
Le mode de vie occidental et les avis de certains « experts » ont amené à penser que les jeunes enfants doivent dormir toute la nuit sans interruption au bout de quelques mois, voire de quelques semaines. En réalité, les jeunes enfants se réveillent plus souvent que des enfants plus âgés ou des adultes, car leurs cycles de sommeil sont plus courts. Ces cycles courts ont pour objectif d’augmenter le temps de sommeil paradoxal, dont on pense qu’il est important pour le développement du cerveau.
De nombreux parents se disent épuisés en raison des réveils nocturnes de leur enfant, d’une part en raison de la fatigue physique induite par ces réveils, et d’autre part en raison des attentes irréalistes en matière de sommeil chez un jeune enfant.
Remplacer le terme « enfant » par « chiot » et vous avez la ligne de conduite à tenir pour appréhender les premières nuits (et les situations stressantes en général) pour les prochaines semaines, car tout petit mammifère a besoin de proximité et protection.
Ce n’est pas les surprotéger ou les gâter, c’est simplement se baser sur des faits : à 8, 9 ou 10 semaines, un chiot n’est pas « programmé pour être seul », car la solitude, chez un jeune animal est l’équivalent d’un danger mortel. Pour l’éviter, il appelle sa mère, qui est censée arriver. En l’obligeant à dormir isolé, et d’être amené à pleurer nous les mettons dans une situation de détresse acquise ( = quoi que je fasse, je reste seul et abandonné).
Certes certains capitulerons plus vite que d’autres, mais c’est ce qu’on pourrait appeler un mauvais départ et qui vous fera de suite effectuer de nombreux retraits avant même d’avoir eu le temps d’investir suffisamment.
Donc OUI : votre chiot est autorisé à dormir dans votre chambre le temps des premières nuits.

Il est important de définir le lieu de repos du chiot dès son arrivée :
Chacune de ces possibilités présente des avantages et des inconvénients. Ils doivent prendre cette décision en pensant à long terme, car il sera plus difficile de changer cette habitude par la suite.
Les consignes :
Avant de coucher votre chiot, nous vous conseillons de suivre cette routine en 2 ou 3 étapes :
Au départ attendez-vous à plusieurs réveils dans la nuit et à vous lever tôt le matin (comme avec les jeunes enfants !)
Placer le panier ou la caisse du chiot au niveau de votre tête. Vous pouvez ainsi le toucher et mieux l’entendre s’il demande à sortir pour ses besoins.
Je place toujours la caisse à côté de mon lit, au niveau de mon oreiller pour pouvoir toucher le chiot directement et qu’il puisse me voir. Ainsi je pourrai l’entendre pleurer lorsqu’il voudra se soulager et me réveiller en conséquence. Le relevé des différentes données (horaire pour le pipi, horaire de réveil) sera aussi facilité.
Si vous souhaitez utiliser un panier, placez-le au même endroit qu’une caisse, donc à côté du lit.
Si votre chiot est dans un panier et peut donc en sortir, la clé reste la cohérence et la rigueur : descendez votre chiot dès qu’il monte sur le lit si vous ne désirez pas qu’il y dorme. Ou si vous acceptez qu’il y monte parfois, apprenez lui quel signal veut dire qu’il peut et quel signal lui demande de descendre.
Pour faciliter la transition caisse-panier, on peut placer un panier dans la caisse du chiot, que l’on sort pendant la journée et où on renforce le chiot tout au long de la journée lorsqu’il s’y trouve. La nuit on le remet dans la caisse. Petit à petit on peut garder juste le panier car le chiot a été habitué à y être et y resté la nuit grâce à la caisse et aux renforcements pendant la journée.
Dans tous les cas travaillez sur le fait que le panier ou la caisse soient des endroits tout aussi positifs que le lit.
Ces étapes sont à adapter en fonction de votre chiot et peuvent nécessiter un apprentissage plus long.
Pour certains chiots on retirera ses jouets du parc pendant la nuit si pendant les nuits précédentes il a beaucoup joué, sauf un jouet à mâcher (bois de cerf, etc).
Une autre astuce pour rendre les nuits encore plus douces et rassurantes : ajoutez une peluche qui reproduit les battements de cœur et la chaleur que dégage sa maman en plus de la couverture qui aura son odeur et que vous aurez demandée à l’éleveur :

Attention, ce genre d’outil ne peut se substituer à ce dont nous avons parlé précédemment si nous souhaitons éviter les pleurs et la détresse.
Certains chiots vocalisent pendant les premières nuits car c’est différent de l’élevage, il y a donc des probabilités pour que vous rencontriez cette situation avec votre chiot.
Si votre chiot pleure pendant la nuit, c’est donc probablement parce qu’il se sent seul. C’est normal car il lui faudra un peu de temps pour s’habituer à ce grand changement. Nous vous déconseillons de laisser votre chiot pleurer, car cela va augmenter son niveau d’éveil et de stress. Si votre chiot pleure, n’hésitez pas à vous rapprocher de lui pour le rassurer, et travailler de manière plus progressive pendant les prochaines nuits.
L’une des autres raisons pour lesquelles votre chiot peut vocaliser pendant la nuit est qu’il a peut-être envie de faire ses besoins. Vous pouvez donc rapidement le sortir puis le recoucher.
Lorsque vous le sortez ne dîtes strictement rien, si ce n’est de lui dire “go pipi” (par exemple) une fois dehors et de le féliciter calmement une fois ses besoins faits.
Je vous conseille aussi de l’attacher (et donc d’avoir votre laisse à porter de mains) pour ne pas avoir à courir après votre chiot en pleine nuit dans le jardin.
Pour éviter un accident, vous pouvez le porter directement du parc à dehors.
Si vous avez du mal à gérer les premières nuits de votre chiot, rappelez-vous que la plupart des familles passent par cette étape parfois difficile, vous n’êtes pas les seuls.
Ah le fameux débat de la caisse !
J’ai effectivement tendance à recommander la caisse si on décide de faire dormir le chiot dans la chambre, mais vous pouvez tout à fait opter pour un panier à côté du lit.
La caisse me semble simplement plus pertinente parce que :
Elle va empêcher le chiot de présenter un comportement indésirable (ex : monter dans le lit, se balader dans la chambre et dormir ou se soulager dans un endroit inapproprié)
Vous permettre de continuer à l’associer positivement sans avoir à « faire grand chose » – on est sur un double effet kiss-cool. Le chiot n’y est placé que la nuit quand vous êtes prêt de lui et que tous ses besoins de la journée ont été comblés.
Dans tous les cas il est essentiel, qu’on désire ou non l’utiliser pour la nuit, de la conditionner positivement et ce le plus tôt possible.
En effet, elle sera un indispensable dans bon nombre de situations :
voiture
imposée par le vétérinaire lors d’une hospitalisation
si vous vous déplacez en stage/en voyage mais que vous ne pouvez pas toujours avoir le chien avec vous sur le terrain, ou que vous ne voulez pas qu’il dorme sur le lit à l’hôtel et qu’il ne connaît pas encore bien le concept du panier
Ne pas y préparer le chien rendra ces situations stressantes et beaucoup plus « maltraitante » si elles sont amenées à apparaitre soudainement parce qu’aucun plan d’entrainement n’a été mené en amont de manière consciente et pro-active.
Elle sera aussi très utile pour développer la notion de “restriction”. Donner du choix à nos chiens est excellent, mais ils ne pourront pas tout le temps l’avoir. Les habituer tôt à la caisse (ou au parc) est un excellent moyen de leur faire prendre conscience de cette notion.
Il ne s’agit donc pas d’y balancer le chien sans ménagement, mais de lui montrer que c’est un lieu qui lui apporte du confort. Il ne faut donc pas partir du principe qu’elle est « naturellement rassurante ». C’est nous qui allons devoir la rendre agréable.
Liste des investissements que vous pouvez y faire en lui changeant de place pendant la journée, avant de la remettre dans la chambre la nuit ou dans la pièce dans laquelle il dormira :
La placer dans son parc
Y nourrir le chien
Lui proposer des jouets d’occupation à l’intérieur
Rendre positif le fait d’y rentrer
Noter le seuil de tolérance du chiot pour ne jamais le dépasser et petit à petit seulement le décaler
Ne jamais laisser le chiot seul à l’intérieur tant qu’il n’y est pas habitué et ne vit pas la situation positivement
Ne pas y placer le chiot lors de vos absences tant qu’il n’y est pas habitué et ne vit pas la situation positivement – jamais plus de 2h
Il n’est donc pas d’un outil éducatif pour traiter des problèmes d’anxiété de séparation ou de destruction, et encore moins de lui faire prendre le rôle de baby sitter quand nous sommes absents la journée ! Mais simplement d’envisager les choses de manière plus globale pour éviter toute situation qui mettrait plus tard à mal l’intégrité de notre chiot et notre relation.
Dernier point : je recommande de l’utiliser pendant la nuit lorsque le chiot apprend à être propre. Une fois la propreté acquise, on peut, là aussi décider de s’en séparer. Au même titre que le parc, elle ne peut-être qu’une étape de transition à laquelle on habitue nos chiens.