L’intention de bien faire ne suffit pas

Tout dépend de la façon dont vous l’éduquez”. 

L’idée que nous pouvons prévenir les problèmes de comportement potentiels grâce à une éducation adaptée, du temps et de l’amour est simpliste et naïve. Mes mots peuvent paraître crus, mais c’est la vérité. Et croyez-moi ça ne me fait pas plaisir d’accepter ça. 

Bien sûr que ces deux éléments vont peser dans la balance et influencer certains comportements de notre chien, mais il y a aussi certaines choses que nous ne pouvons tout simplement pas changer, dont ce ce qui fait que ce chien… Est ce chien !

Quand quelque chose “ne va pas” avec un chien, il n’est pas question de nature ou d’acquis, mais de l’interaction entre la nature et l’acquis.
Il est toujours question des conséquences entre la gestion de l’environnement, de leurs instincts, de leurs capacités et leurs limites.

Depuis l’aube de la civilisation, nous avons influencé et modifié le comportement des chiens à nos propres fins, à la fois individuellement et génétiquement.
Grâce à la sélection artificielle et donc la reproduction délibérée d’individus présentant des caractéristiques désirables, nous avons conçu des chasseurs, des pisteurs, des gardiens de bétail, des bergers, des ratiers, des gladiateurs, des protecteurs, des coureurs, des compagnons pouvant s’installer facilement sur nos genoux.

Si nous avions besoin d’un chien pour nous aider à suivre et à chasser le gros gibier à des températures inférieures à zéro, ou d’un partenaire résistant à la chaleur pour déplacer le bétail sur des kilomètres de plaines, nous concevions exactement ce profil là.
Maintenant faites le test et échanger le premier chien avec le deuxième. Pensez-vous sincèrement qu’une fois bien dressé (parce qu’à ce moment là il s’agit de dressage au sens premier du terme et non dans le sens péjoratif qu’on a tendance à accorder à ce terme), le premier chien donnera t’il les mêmes résultats dans l’environnement du second ? Non. Et c’est tout à fait logique.
Pourtant c’est précisément la situation que nous créons très souvent quand nous choisissons un chien aujourd’hui. Nous partons du principe qu’ils pourront s’adapter à un large panel de familles et donc à un large panel d’environnement.

Ainsi, les comportements qui étaient hautement désirables pour nos ancêtres et qui ont été intentionnellement développés (comme tuer de petits mammifères et garder du bétail) sont maintenant, des pulsions naturelles, extrêmement problématiques, quand elles se manifestent dans les conditions modernes.

Peut-être serait-il temps de créer enfin d’autres races réellement adaptées au critères de nos clients du XXIe siècle ? Oui je lance une bouteille à la mer 😁

Peut-être que vous allez vous dire que j’enfonce des portes ouvertes. Mais là aussi, je vous dis tout ça parce que c’est quelque chose qu’il faudra transmettre à quasiment tous nos clients à un moment dans notre accompagnement. Peut-être il s’agira d’en parler lors d’une consultation en pré-adoption, peut-être dès le premier cours d’éducation, peut-être lors du dernier. 
Transmettre cette notion du bagage génétique du chien qui est plus puissant que l’éducation permet plusieurs choses : 

  • baisser les attentes parfois irréalistes des clients
  • atténuer leur frustration ou la pression qu’ils peuvent se mettre pour faire les choses correctement sans obtenir les résultats attendus
  • vous préserver. Lorsque l’on est en échec avec un client, ça n’est pas toujours parce qu’il s’agit d’un manque de connaissances et compétences de notre part. Parfois c’est simplement impossible parce qu’il s’agit de faire rentrer un carré dans un rond.